La VO2 max de Mathieu Blanchard est estimée autour de 80 ml/min/kg, une valeur qu’il n’a jamais communiquée officiellement mais que ses performances sur route et en trail permettent d’approcher avec précision. Ce chiffre place l’ultra-traileur français parmi les meilleurs athlètes d’endurance de la planète, bien au-delà de la moyenne des coureurs de haut niveau.
VO2 max : comprendre ce que mesure cet indicateur

La VO2 max, ou consommation maximale d’oxygène, représente la quantité maximale d’oxygène que l’organisme est capable d’utiliser par minute, exprimée en millilitres par kilogramme de poids corporel et par minute (ml/min/kg). En clair, c’est la mesure de la puissance du moteur aérobie : plus elle est élevée, plus le corps peut fournir d’oxygène aux muscles pour produire de l’énergie sur une longue durée. Pour un coureur d’endurance, c’est l’un des indicateurs les plus déterminants de la performance.
Un homme sédentaire affiche en moyenne une VO2 max autour de 35 à 40 ml/min/kg. Un coureur amateur bien entraîné dépasse rarement 55 à 60. Les athlètes de haut niveau en endurance se situent entre 70 et 85. Et les quelques phénomènes comme Kilian Jornet atteignent des valeurs de 92 ml/min/kg, record mondial quasi imbattable. Blanchard, lui, se situe dans la fourchette haute des ultra-traileurs élites mondiaux.
La valeur estimée : autour de 80 ml/min/kg
Mathieu Blanchard n’a jamais publié son chiffre officiel de VO2 max. Mais plusieurs éléments permettent de l’estimer. Lors d’une interview pour Running Attitude, il a lui-même déclaré : « D’après ma VO2 max, si je faisais une préparation marathon correcte, je pourrais boucler autour de 2h20-2h25. » Or, son marathon de Paris 2023 en 2h22’36 confirme cette projection à la virgule près, sans même avoir réalisé une préparation spécifique route sur plusieurs mois.
En appliquant les formules de correspondance entre temps sur marathon et VO2 max utilisées dans la littérature sportive, un chrono de 2h22’36 sur un parcours relevé et par mauvaises conditions météo pointe vers une VO2 max comprise entre 78 et 82 ml/min/kg. Les experts de l’ultra-trail et les analystes du milieu convergent vers la valeur centrale de 80 ml/min/kg comme estimation crédible pour Blanchard.
Comparaison avec les plus grands

Pour situer cette valeur dans le paysage de l’ultra-trail mondial, le tableau ci-dessous met en perspective les VO2 max connues ou estimées des meilleurs athlètes du circuit.
| Athlète | VO2 max | Statut | Référence |
|---|---|---|---|
| Kilian Jornet | 92 ml/min/kg | Valeur officielle | Record mondial connu |
| Mathieu Blanchard | ~80 ml/min/kg | Estimation | Marathon Paris 2h22’36 |
| François D’Haene | Non communiqué | Estimation haute | Basé sur performances UTMB |
| Courtney Dauwalter | ~76 ml/min/kg | Estimation | Performances ultra longues distances |
| Alexandre Boucheix (Casquette Verte) | Non communiqué | Non disponible | Approche intuitive de l’entraînement |
| Coureur amateur bien entraîné | 55-65 ml/min/kg | Référence | Niveau régional compétitif |
L’écart entre Blanchard et Jornet reste significatif : 12 points de VO2 max séparent les deux hommes, un fossé physiologique immense sur le papier. Pourtant, sur un UTMB de 170 km et 10 000 m de dénivelé, Blanchard a couru en 19h54 contre 19h49 pour Jornet en 2022. Ce quasi-match nul démontre que la VO2 max seule ne suffit pas à expliquer la performance en ultra-trail : l’économie de course, la gestion mentale, la nutrition et la technique de descente jouent un rôle tout aussi décisif.
Comment ses performances révèlent ce moteur exceptionnel
La méthode la plus fiable pour estimer la VO2 max d’un athlète sans test en laboratoire reste l’analyse de ses performances sur des distances standardisées. Le marathon de Paris 2023 est la référence la plus parlante pour Blanchard. Courir 42,195 km à 3min23s par kilomètre en negative split (1h12 pour le premier semi, 1h10 pour le second), par vent fort et forte humidité, sans préparation marathon spécifique de plusieurs mois, cela ne s’invente pas. Seul un moteur aérobie de très haute capacité permet ce type de régulation.
- Marathon de Paris 2023 : 2h22’36, soit ~18 km/h en moyenne
- Semi-marathon de Paris : 1h07’38, performance qui valide la projection
- UTMB 2022 : 19h54 sur 170 km et 10 000 m D+, 2ème mondial
- Western States 2023 : 6ème en 15h37 sur 161 km dès la première tentative
- Diagonale des Fous 2024 : vainqueur en 23h25 sur 175 km
Chacune de ces performances est cohérente avec une VO2 max autour de 80 ml/min/kg. Ce niveau permet de soutenir des intensités élevées pendant des durées très longues, de récupérer rapidement entre les efforts et de maintenir un rythme régulier même en fin de course quand les organismes moins bien dotés s’effondrent.
Génétique ou travail : d’où vient cette capacité ?

Blanchard lui-même reconnaît dans plusieurs interviews que ses activités de plongée sous-marine et les sports variés de son enfance n’ont pas eu d’influence directe sur sa VO2 max. C’est un aveu rare chez un athlète, qui pointe vers une dotation génétique initiale solide. Cela ne signifie pas pour autant que tout est inné : le volume d’entraînement colossal accumulé depuis 2014, les années de double séance, les camps d’altitude et le travail spécifique au Kenya en 2023 ont clairement contribué à développer et maintenir cette capacité aérobie au plus haut niveau.
La VO2 max est influencée par plusieurs facteurs : l’âge, la composition corporelle, la génétique et bien sûr le niveau d’entraînement. À 38 ans en 2026, Blanchard devrait théoriquement observer une légère baisse annuelle de cette valeur, estimée à environ 1% par an après 30 ans. Mais chez les athlètes qui maintiennent des volumes d’entraînement très élevés, ce déclin est considérablement ralenti. Ses récentes victoires arctiques et son UTMB Index de 903 en 2026 laissent penser que son moteur aérobie reste intact, voire en progression grâce à des charges de travail de plus en plus exigeantes.
Une VO2 max au service de l’ultra-endurance
Là où la VO2 max prend tout son sens chez Blanchard, c’est dans sa capacité à courir très longtemps à un pourcentage élevé de cette valeur maximale. Les meilleurs ultra-traileurs ne courent pas à leur VO2 max : ils courent à 60-75% de celle-ci pendant 20 heures. Plus cette valeur plafond est haute, plus les vitesses absolues à ces pourcentages sont élevées. Autrement dit, 80 ml/min/kg à 70% d’utilisation donne une vitesse de croisière que 60 ml/min/kg à 70% ne peut tout simplement pas atteindre.
C’est ce mécanisme qui explique pourquoi Blanchard a pu passer sous les 20 heures à l’UTMB, battre des athlètes spécialisés sur la Diagonale des Fous dès sa première tentative, et enchaîner des courses extrêmes sur des continents différents en quelques semaines d’intervalle. Sa VO2 max n’est pas qu’un chiffre : c’est le socle physiologique sur lequel repose l’ensemble de sa carrière d’aventurier de haut niveau, et l’une des raisons profondes pour lesquelles il figure parmi les ultra-traileurs les plus complets que le sport ait produits.
Quentin, 27 ans, passionné par le Trail depuis plusieurs années. Je vous partage les résultats Trail et Running en live !



