La VO2 Max de Kilian Jornet est estimée entre 88 et 92 ml/min/kg, avec une mesure précise de 89,5 ml/min/kg réalisée par le Dr Daniel Brotons Cuixart, spécialiste du sport à l’Université de Barcelone. Ce chiffre place le Catalan parmi les athlètes les plus dotés jamais testés en laboratoire, dans n’importe quelle discipline d’endurance.
Un chiffre qui sort de l’ordinaire

Pour saisir l’ampleur de cette valeur, il faut la replacer dans son contexte. Un homme sédentaire affiche en moyenne 30 à 35 ml/min/kg. Un coureur amateur régulier grimpe à 45-55 ml/min/kg. Les meilleurs marathoniens mondiaux se situent entre 70 et 85 ml/min/kg. Kilian Jornet, lui, dépasse tout le monde ou presque.
Le record absolu mesuré en laboratoire appartient au cycliste norvégien Oskar Svendsen, testé à 97,5 ml/min/kg à 18 ans en 2012. Jornet ne se situe que quelques points en dessous, ce qui place son profil aérobie dans une catégorie réservée à une infime fraction des êtres humains.
Dès l’âge de 18 ans, Kilian affichait déjà une VO2 Max de 83 ml/min/kg, un score exceptionnel pour un jeune athlète encore en plein développement. Sa progression jusqu’à 89-92 ml/min/kg illustre à quel point les années d’entraînement intensif ont amplifié un potentiel génétique déjà remarquable.
Tableau de comparaison des VO2 Max
| Profil | VO2 Max (ml/min/kg) | Niveau |
|---|---|---|
| Homme sédentaire | 30 – 35 | Aucune pratique sportive |
| Coureur amateur régulier | 45 – 55 | Courses populaires |
| Athlète compétiteur régional | 55 – 65 | Podiums régionaux |
| Élite marathon / cyclisme | 70 – 85 | Niveau international |
| Kilian Jornet | 88 – 92 | Extra-terrestre |
| Mathieu Blanchard (trail) | ~80 | Top mondial UTMB |
| John Ngugi (fond olympique) | ~85 | Champion olympique 5000m |
| Oskar Svendsen (cyclisme) | 97,5 | Record mondial mesuré |
La physiologie complète de Jornet

La VO2 Max ne raconte qu’une partie de l’histoire. Ce qui distingue vraiment Kilian Jornet, c’est la cohérence de tous ses paramètres physiologiques, chacun repoussant les limites dans sa catégorie.
- Taille / poids : 1m71 pour 57-58 kg, un rapport poids/puissance optimisé pour les ascensions
- Fréquence cardiaque au repos : 34 battements/minute (contre 40-50 chez l’athlète élite standard)
- Fréquence cardiaque maximale : 205 battements/minute
- Seuil anaérobie : environ 95% de la FCmax, une valeur proprement hors norme
- Capacité pulmonaire : 5,3 litres (contre 4 à 5 litres chez un sportif de haut niveau)
- Masse grasse : 8% du poids corporel
- VO2 Max : entre 88 et 92 ml/min/kg selon les mesures
C’est la combinaison de tous ces indicateurs qui crée un profil aussi atypique. Un cœur qui bat lentement au repos mais explose vers 205 bpm à l’effort, des poumons plus volumineux que la moyenne, un corps presque dépourvu de masse grasse inutile. Chaque système du corps fonctionne en symbiose parfaite.
L’altitude comme terrain de développement

Kilian Jornet n’est pas né en laboratoire. Il a grandi à 2 000 mètres d’altitude, au refuge de Cap de Rec dans les Pyrénées catalanes, tenu par son père. Dès ses premiers mois de vie, son organisme a commencé à s’adapter à la pression atmosphérique réduite, en produisant davantage de globules rouges et en optimisant l’extraction d’oxygène au niveau cellulaire.
À 18 mois, il marchait déjà 4 à 5 heures sans fatigue. À 3 ans, il gravissait son premier sommet à 3 000 mètres. À 5 ans, l’Aneto, point culminant des Pyrénées à 3 404 mètres. À 10 ans, la traversée complète des Pyrénées. Ces années de stimulus en altitude constituent une acclimatation naturelle que les athlètes professionnels tentent d’imiter avec des stages ou des tentes hypoxiques.
La science du sport parle d’adaptations hématologiques : un taux d’hémoglobine plus élevé, une densité capillaire musculaire accrue et une meilleure tolérance à l’hypoxie. Chez Jornet, ces adaptations ne sont pas le fruit de protocoles artificiels mais d’une vie entière passée dans les hauteurs.
Le rôle du ski-alpinisme dans la construction du moteur
Avant d’être un traileur, Kilian Jornet est un champion du monde de ski-alpinisme cadet. Cette discipline, peu connue du grand public, est l’une des plus exigeantes sur le plan cardio-vasculaire : les montées explosives à la montée, souvent sur plusieurs milliers de mètres de dénivelé, développent une puissance aérobie exceptionnelle. Les quadriceps, les fessiers et le système cardio-respiratoire y sont sollicités à des intensités rarement atteintes en trail.
Cette base bâtie en ski-alpinisme explique pourquoi Jornet ne souffre pas sur les sections techniques en montée, là où la majorité des ultra-traileurs voient leur fréquence cardiaque exploser. Son organisme a appris, dès l’adolescence, à tolérer et récupérer de sollicitations très intenses, répétées sur de longues durées. C’est ce fond de moteur unique qui lui permet d’enchaîner 1 500 heures d’entraînement par an sans s’effondrer.
VO2 Max et performance : ce que dit la science

La VO2 Max mesure la quantité maximale d’oxygène qu’un organisme peut extraire et utiliser pendant un effort intense, exprimée en millilitres par minute et par kilogramme de poids corporel. Plus cette valeur est élevée, plus les muscles peuvent produire d’énergie par voie aérobie, c’est-à-dire sans s’encrasser d’acide lactique.
Mais attention : la VO2 Max n’explique pas tout. Deux facteurs complémentaires entrent en jeu. D’abord, le seuil anaérobie, soit la vitesse ou l’intensité à laquelle l’organisme bascule dans une filière énergétique non durable. Chez Jornet, ce seuil se situe à environ 95% de sa FCmax, une valeur rare même chez les élites. Ensuite, l’économie de course : l’efficience mécanique qui détermine la quantité d’oxygène nécessaire pour se déplacer à une vitesse donnée. Jornet combine les trois à des niveaux rarement vus simultanément.
Peut-on développer sa VO2 Max ?
Oui, mais avec méthode. Pour un coureur amateur, des séances de fractionné court (30/30, 1 min/1 min) à intensité élevée, répétées deux fois par semaine, permettent d’améliorer la VO2 Max de 5 à 15% en quelques mois. Les gains les plus importants surviennent chez les débutants ou après une longue période de sédentarité. Pour les athlètes déjà entraînés, les marges de progression deviennent plus minces.
Le plateau génétique reste une réalité : on ne transforme pas un coureur ordinaire en Kilian Jornet à coups de séances intensives. La science estime que 50% de la VO2 Max est d’origine génétique, le reste relevant de l’entraînement et du mode de vie. Mais cette part de 50% représente déjà un levier considérable pour progresser et se rapprocher de son propre potentiel maximal.
1 500 heures par an : l’entraînement comme variable cachée
Derrière les chiffres impressionnants se cache un volume d’entraînement colossal. Kilian Jornet cumule en moyenne 1 500 heures de sport par an, dont 1 000 heures de ski et 500 heures de course à pied, pour un dénivelé positif annuel d’environ 530 000 mètres. À titre de comparaison, un ultra-traileur compétiteur de bon niveau enchaîne 500 à 800 heures par an.
Cette charge s’accompagne d’une capacité de récupération hors norme. Son cœur, qui bat à 34 pulsations au repos, revient à des valeurs basses très rapidement après l’effort, signe d’une adaptation du système nerveux autonome. Cette récupération rapide lui permet d’enchaîner des sorties longues sans délai, là où d’autres ont besoin de plusieurs jours de repos après un effort similaire.
La VO2 Max à l’altitude extrême

Là où la VO2 Max prend tout son sens, c’est à haute altitude. Au-dessus de 8 000 mètres, la pression atmosphérique chute à un tiers de celle du niveau de la mer. L’air contient toujours 21% d’oxygène, mais la pression partielle réduit drastiquement la quantité d’O2 disponible pour les poumons et le sang. Pour la plupart des humains, cela provoque une hypoxie sévère, une perte de lucidité, des nausées et une incapacité physique quasi-totale sans assistance.
Chez Jornet, la combinaison d’une VO2 Max très élevée, d’une acclimatation naturelle dès l’enfance et d’une capacité pulmonaire de 5,3 litres lui permet de fonctionner là où d’autres s’effondrent. En mai 2017, il a gravi l’Everest en 26 heures sans oxygène depuis le monastère de Rongbuk, puis l’a répété six jours plus tard en 17 heures depuis le camp avancé. Des performances qui restent inexpliquées par la seule génétique, tant le niveau d’exigence est élevé.
Les données physiologiques de Kilian Jornet continueront de fasciner chercheurs et passionnés de running pour encore longtemps. Pour tout coureur qui cherche à comprendre ses propres limites et à les repousser, l’étude de ce profil unique est une source d’enseignements considérables, au-delà du simple mythe sportif.
Quentin, 27 ans, passionné par le Trail depuis plusieurs années. Je vous partage les résultats Trail et Running en live !



