Kilian Jornet a remporté deux fois la Diagonale des Fous, en 2010 et en 2012. Deux victoires nettes, deux performances qui ont marqué l’histoire du Grand Raid de La Réunion. Pourtant, derrière ce double sacre se cache une histoire plus complexe : une troisième participation avortée, une blessure au genou, et depuis 2013, un silence total sur les sentiers réunionnais. Alors, que pèse vraiment le Catalan sur la course la plus folle du monde ?
Un premier sacre fracassant en 2010

Kilian Jornet débarque à La Réunion en 2010 pour la première fois. Il n’a que 23 ans. La Diagonale des Fous affiche alors 163 kilomètres pour environ 9 500 mètres de dénivelé positif, un format déjà colossal. L’Espagnol traverse l’île en 23 heures 17 minutes et 26 secondes, plaçant d’emblée son nom dans le palmarès de l’une des épreuves les plus exigeantes de la planète trail.
Ce premier Grand Raid révèle une vérité que les connaisseurs ressentent dès le départ : Jornet ne court pas comme les autres. Il s’adapte, il gère, il avale les cirques volcaniques avec une régularité presque inhumaine. « Le Grand Raid c’est le partage », confie-t-il après sa victoire. « Pour gagner, il faut se donner les moyens. » Un discours calme, à l’image d’une performance limpide.
2012 : la domination absolue
Deux ans plus tard, Kilian Jornet revient à La Réunion pour la 24e édition de la course. Le parcours a évolué : 170 kilomètres et 10 800 mètres de dénivelé positif. Un format encore plus brutal. Qu’à cela ne tienne : le Catalan s’impose en 26 heures 33 minutes et 10 secondes, avec plus d’une heure d’avance sur son dauphin Antoine Guillon, deuxième en 27h44. Derrière lui, Arnaud Lejeune complète le podium, loin dans le rétroviseur.
C’est sa 10e victoire de la saison. Une saison hallucinante, à l’image d’un athlète qui semble fonctionner sur une autre énergie que le reste du peloton mondial. L’avance accumulée sur ce parcours de 170 km restera l’un des symboles les plus forts de la supériorité de Jornet à cette période. L’arrivée à Saint-Denis vire à la célébration populaire, avec des feux d’artifice pour accueillir celui que l’île commence à considérer comme un extraterrestre des montagnes.
| Édition | Distance / D+ | Chrono Kilian Jornet | Position |
|---|---|---|---|
| 22e édition – 2010 | 163 km / 9 500 m D+ | 23h17’26 » | 1er (vainqueur) |
| 24e édition – 2012 | 170 km / 10 800 m D+ | 26h33’10 » | 1er (vainqueur) |
| 25e édition – 2013 | 167 km / 10 000 m D+ | ~30h47′ (estimation) | 20e (blessé) |
2013 : la chute, au sens figuré
La troisième participation de Kilian Jornet à la Diagonale des Fous tourne vite au calvaire. Blessé à la tendinite du fascia lata (syndrome de l’essuie-glace), il lâche la tête de la course après une trentaine de kilomètres, alors qu’il courait aux côtés de Pascal Blanc et d’un François D’Haene décidément impérial ce jour-là. Jornet finira 20e en environ 30 heures 47, accompagné de son amie Emelie Forsberg.
Ce Grand Raid 2013 appartient à François D’Haene, qui s’impose en 22h58’30 » sur un parcours de 167 km. Une performance magistrale, qui marque le passage de témoin entre deux générations de champions. Jornet, lui, n’a plus remis les pieds sur les sentiers réunionnais depuis lors. Blessure, choix sportifs, engagement environnemental : plusieurs raisons expliquent cette longue absence.
Sa place dans le palmarès historique

Avec ses deux victoires, Kilian Jornet figure dans le groupe des double vainqueurs de la course, au même titre que Patrick Maffre, Julien Chorier ou Benoît Girondel. Le record absolu du nombre de victoires appartient à Jean-Philippe Marie-Louise, quadruple vainqueur, suivi de Gilles Trousselier et François D’Haene (3 victoires chacun). Jornet reste donc derrière les plus grands noms du palmarès local, mais ses deux sacres portent une empreinte internationale incomparable.
- Vainqueur en 2010 : 163 km, chrono de 23h17’26 » lors d’une première participation bluffante
- Vainqueur en 2012 : 170 km, plus d’une heure d’avance sur le 2e, arrivée triomphale à Saint-Denis
- 2013 : abandon de la tête de course après 30 km sur blessure, finalement 20e au classement final
- Absent de la course depuis 2013, aucune nouvelle participation annoncée à ce jour
La Réunion, une course qui lui ressemble
Ce que Kilian Jornet aime dans la Diagonale, c’est précisément ce que la course exige au-delà du physique : de la technicité sur terrain volcanique, une gestion des conditions météo extrêmes entre chaleur tropicale et froid en altitude, et une capacité à rester lucide des dizaines d’heures durant. Autant de qualités dans lesquelles le Catalan excelle. « Le Grand Raid c’est une de mes épreuves préférées », confiait-il, avec cette sincérité désarmante qui le caractérise.
On notera que sur la même distance que celle du Grand Raid 2012 (170 km), le record actuel a été battu en 2024 par Mathieu Blanchard avec 23h25’02 » sur 175 km et 10 150 m D+. La référence jordanienne sur 170 km reste donc le chrono de 26h33′, un temps que les conditions particulièrement difficiles de cette édition contribuent largement à expliquer.
Vers un retour ? Une parenthèse fermée ?
À 36 ans, Kilian Jornet a clairement affiché une évolution de ses ambitions. En 2024, après sa 11e victoire à la Zegama-Aizkorri, il déclarait vouloir désormais se consacrer à des aventures « XXXL », en dehors des compétitions traditionnelles. « En début de carrière on recherche les résultats, les chronos, les victoires. Mais avec les années, ma motivation est plus tournée vers la recherche de sensations », explique-t-il. Des projets personnels en montagne, plus proches de l’exploration que de la médaille.
Jornet est par ailleurs soucieux de réduire son empreinte carbone, ce qui l’a conduit à limiter ses déplacements internationaux au profit de courses en Norvège et en Suède, où il réside. Un voyage jusqu’à La Réunion va à contre-courant de cette philosophie. C’est probablement là que réside la vraie raison de son absence prolongée, bien plus que le souvenir douloureux de 2013.
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Le contexte de 2012, une édition marquée
La 24e édition de la Diagonale des Fous restera aussi dans les mémoires pour des raisons bien plus dramatiques que le seul sacre de Jornet. Durant la nuit du 18 au 19 octobre 2012, un concurrent a perdu la vie en chutant de 30 mètres dans un ravin, au lieu-dit Col de Fourche sur le sentier Scout, entre les cirques de Salazie et Mafate. Le drame a éclipsé les discussions sur la victoire sportive pendant plusieurs jours. Un rappel que la Diagonale des Fous ne porte pas ce surnom par hasard.
La course traverse des zones parmi les plus sauvages et les plus exposées de l’île. Les sentiers de nuit, à flanc de montagne, entre Roche Plate et Ilet à Bourses, exigent une vigilance absolue. Ce que Jornet avait compris avant même d’aligner sa première foulée réunionnaise.
La Diagonale des Fous 2025 a couronné Baptiste Chassagne en 23h31’54 » sur 175 km, et Blandine L’Hirondel chez les femmes en 27h26’09 ». L’épreuve continue d’écrire son histoire, édition après édition, en attendant peut-être un jour le retour improbable d’un certain Catalan aux cheveux désormais poivre et sel, qui n’a jamais dit que c’était fini.
Quentin, 27 ans, passionné par le Trail depuis plusieurs années. Je vous partage les résultats Trail et Running en live !



